Métro Stories

« Bonne odeur » ou « mauvaise odeur » ? Parfois ça dépend : Le contexte est fondamental dans la perception olfactive ; on sent aussi avec les yeux, donc avec l’environnement visuel, qui infléchit la sensation dans un sens ou dans l’autre. Prenons par exemple le cas d’une molécule d’acide phénylacétique. C’est une molécule odorante qui existe dans le miel MAIS AUSSI dans l’urine. Sans contexte – dans l’absolu, donc – son odeur est douceâtre, miellée, chaude, avec des inflexions animales, lourdes. Si vous vous vous penchez sur un pot de miel (par exemple le miel de pissenlit ou de bruyère callune (photo), qui en contiennent une dose importante), l’odeur – forte – est appétissante, « gourmande » dira-t-on. Si vous êtes dans les couloirs du métro par une journée de chaleur, l’odeur en certains endroits vous semble âcre, écoeurante, vous fuyez. Et pourtant c’est exactement la même molécule, responsable de la même odeur. Étonnant n’est-ce pas. Votre cerveau est dans ce cas très loin du miel mais ce sont les mêmes récepteurs olfactifs qui sont mis à contribution. Faites le test suivant : la prochaine fois que vous vous trouvez dans un couloir malpropre ou face à un mur sentant l’urine, fermez les yeux. Focalisez votre pensée sur une tartine de miel. Vous serez étonné(e). Le test contraire est tout aussi édifiant.
Idem avec le cumin (aldéhyde et alcool cuminiques, extraits de la graine). Dans un plat et à table, c’est un bien agréable fumet, qui invite à l’exotisme, aiguise l’appétit ; sous une aisselle dans une rame de métro, c’est juste épouvantable : c’est l’odeur typique de la transpiration sous les bras. Même molécule. Il y a ainsi toute une série de molécules ambivalentes olfactivement, dont l’appréciation ne depend pour ainsi dire que du contexte.
(Il est à noter que ces deux matières, acide phénylacétique et cumin (en huile essentielle), sont parfois utilisées en parfumerie, à dosage ultra faible, pour apporter une note animale et charnelle — intéressant contrepoint ; à condition qu’elles soient accompagnées de notes fleuries et/ou baumées. Évidemment.)

Par ailleurs, et puisqu’on y est, l’acide phénylacétique (C8H8O2) est une des molécules les plus incroyablement tenaces de toute la palette du parfumeur : plus de deux ans sur mouillette, dilué à 1%. De quoi voir venir.

Encore un petit exemple sympathique, pour la route ? Allez : la cadaverine (1-5 diaminopentane), présente dans les corps en décomposition ET AUSSI dans le camembert (le véritable, au lait cru de Normandie). C’est d’ailleurs la cadaverine qui donne à ce fromage sa note olfactive fondamentale, et caracteristique ; une odeur aussi extrêmement tenace et accrocheuse : pensez à bien refermer le couvercle dans le frigo sinon tout sentira le camembert.

Bonne journée, gardez le nez ouvert.


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