Marmottes des bois

Nous sommes lundi 22 octobre, je rédige le premier billet de ce blog. Commençons donc dans le vif du sujet : il s’agit de composer une petite fragrance (max dix matières, si possible moins ; cinq serait pour moi l’idéal) qui illustre la première image de PHOTOLFACTIVES (voir l’onglet), à savoir:

« Vent dans les arbres »

Si l’on décompose « vent dans les arbres », qu’a-t-on ? Une composante bois, dite boisée, et si l’on va plus loin : écorce ; ensuite une composante feuillage – qui peut être aussi des aiguilles de résineux, n’oublions pas – ; enfin une composante « vent », c’est à dire courant d’air chargé d’humidité, de fraîcheur sans doute. On dira que ce vent vient de la plaine, qu’il a traversée avec allegresse, et qu’il vient du large, une sorte de vent océan. Un vent idéal en somme. Force 3 sur l’échelle de Beaufort.

Il faut être un minimum figuratif dans cet exercice pourtant un peu abstrait. (Nous abordons au passage deux pans complémentaires de la parfumerie : l’abstraction et le figuratif ; l’abstraction s’occupe des fragrances créées de toutes pièces, inventées ex nihilo ; le figuratif tend à retrouver ce qui existe dans la nature, à s’en approcher au plus près. Ce sont deux exercices différents et tout aussi intéressants l’un que l’autre.) Pour ce qui concerne Photolfactives, l’exercice sera pour moi de tendre vers ce que montre l’image, mais tout en se gardant quand même une marge de manoeuvre, une interprétation.

A mon sens, dans cette image olfactive, il ne faut pas que le bois soit trop présent, que ça fasse trop menuiserie ou charpente. Il faut juste suggérer qu’on est en présence d’arbres plutôt que d’un simple massif de feuillage. Le cyprès, par exemple, donne un résineux léger, doux ; je lui trouve par ailleurs des notes muscade, moka, et ciste, très évanescentes. C’est peut-être suffisant pour le relief, des essais s’imposent. Un cèdre serait trop marqué, trop net. Un sapin baumier aussi, quoique l’absolue d’aiguilles est extraordinaire de réalisme. J’en mettrai sans doute un peu. Il couvrira le départ térébenthiné de mon h.e. de mélèze (dont j’aurais préféré avoir une fraction, mais bon…). Enfin bref, ne pas trop s’attarder sur la partie bois pur, mais bien plutôt écorce : la caresse du vent passe par là. Lichen. Mousse d’arbre. On y est. Avec juste ce qu’il faut d’humus et de note terrestre. La mousse d’arbre en absolue a une note foin et une note verte plus importante que la mousse de chêne – qui elle est plus bolet sec/feuilles mortes, un peu myrrhe –, on la préférera donc pour l’exercice.

Pour la partie verte, le cis-3 hexenol me semble moins risqué que le lentisque (dont il est un des composant). Le lentisque est une matière verte exquise mais complexe, très facettée, tout comme le galbanum ; à utiliser avec parcimonie, en complément peut-être – c’est quand même plus compliqué que « cosse de petit pois » comme on peut le lire dans les ouvrages qui parlent de matières. (Comme quoi il faut toujours sentir, se faire sa propre opinion.) J’essaierais bien du cis-3 avec de la stemone et de l’hélional, pour la fraîcheur. Aussi une trace d’octalactone gamma pour la sève. (Attention au côté figue, qui ne doit pas dominer…) On est bien en présence de grands arbres.

La calone avec de l’absolue de foin, en très faible pourcentage, donnera le vent océan qui traverse la campagne et le feuillage. Possible que je mette un peu d’aldéhyde C12 (note métallique, alpine).

Au travail ! 😉
(Ah tous ces flacons à tests… On appelle ça des marmottes, c’est joli, non ?)

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This is the first post of this blog. Let’s start in the heart of the matter : it is to compose a small fragrance (max ten compounds, less if possible, five would be ideal for me) that shows the first frame of PHOTOLFACTIVES (see tab), namely :

« Wind in the trees »

If we break down « the wind in the trees, » what did we do? Woody component, and if we go further: bark, foliage component – which can be as needles of conifers, do not forget – ; and a component « wind », ie air flow with moisture, freshness probably. We say that the wind comes from the plain, and it comes from the sea, a sort of ocean wind. An ideal wind. Force 3 on the Beaufort scale.

There must be a minimum figurative in this exercise, however, a little abstract. (We discuss the way two sides complement the perfume abstraction and figurative, abstraction deals with fragrances created from scratch, invented ex nihilo, figurative tends to find what exists in nature. Both are different exercises and just as interesting as the other one.) Regarding Photolfactives, exercise will be for me to move towards that shown in the image, but with a possibility of interpretation.

To my mind, for this olfactory image, it is not necessary that the wood is too present. Just suggesting we are in the presence of trees rather than a single massive foliage. Cypress, for example, gives a resinous, soft fragrance, and I found it also nutmeg notes, mocha, and cistus, very faint. This may be sufficient for relief, trials are needed. A cedar is too strong, too sharp. As a balsam fir, although the absolute is extraordinary realistic. I’ll probably put a little. It will cover the start of my turpentine larch e.o (which I would have preferred a fraction, but …). Anyway, do not dwell too long on the pure wood, but rather bark: the caress of the wind passes by. Lichen. Tree moss. There is. With just the right notes of humus and earth. Tree moss absolute has a hay and green note unlike the oak moss – which is more boletus / dry leaves, a little myrrh – ; it is therefore preferable.

For the green side, cis-3 hexenol seems less risky than mastic (which is a component). The mastic is a green exquisite but complex material, highly faceted, as galbanum ; to use sparingly, in addition perhaps.

Well I’ll try cis-3 with stemone and helional for freshness. Also a trace of gamma octalactone for sappy side. (Warning : fig  should not dominate …) We are well in the presence of large trees.

Calone with absolute hay, very small percentage, will wind through the countryside ocean and foliage.

Let’s go !

(Ah all these bottles tests … It’s called « marmotte » in french, isn’t it cute?)


3 réflexions sur “Marmottes des bois

  1. Je vois un arbre coupé à mi-tronc noir sur ciel d’orage zébré d’éclairs penchant sur la droite les branches touchant le cadre, il n’y a pas de feuilles, c’est sûr que dans cette image le son est plus fort que l’odeur.

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  2. Belle composition et bel effort pour l’anglais… J’espère tout de même que tu te gardes un petit secret de fabrication ! Trop facile pour un parfumeur de passer par là et de te piquer la recette, non ?

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  3. @M.D. Merci pour ce premier commentaire sur ce blog tout neuf. Oui, le son, tiens, c’est pas bête, peut-être prévoirai-je un pack « image-senteur-son » dans quelques mois, à tester pour qui le souhaite. L’immersion totale 😉

    @kolbleu. Merci. Je m’aide basiquement de « Google trad » pour l’anglais, mais comme c’est assez approximatif, j’essaie d’améliorer, ça prend un peu de temps mais c’est un bon exercice.
    Pour ce qui est du « parfumeur qui passe par là », eh bien qu’il passe ! Si c’est un vrai parfumeur, technique et tout, il saura sans doute me donner quelques conseils ou quelque avis éclairé. Et puis de toute façon je ne mets que les composants (et encore, les principaux), pas les dosages. Or toute la difficulté est dans le dosage. On est en plein flou artistique 😉

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